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TEXTE LU AU CABARET LITTÉRAIRE DES AUTEURS DU DIMANCHE
28 JANVIER 2007 AU DIABLE VERT
La contrainte était d'écrire un texte éditorial.
Lettre ouverte à Michel Vastel, et par la
bande à André Boisclair.
Monsieur Vastel, trouvez-vous que l’âme québécoise
a besoin d’un coup de cable à booster? Vous titrez votre
chronique d’hier « Qu’est ce qu’on fait colon! » - c’est
les Québécois qui sont visé par cette insulte. On
est « colons » entre guillemets… Vous prenez une page pour
décrire un non-événement, alambiqué
à souhait par les médias français en mal de
bisbille électorale, et tirez de grandes conclusions savantes
pour nous. Vous dites à propos de Boisclair : « un peu
surpris lui-même des bons mots de Madame Royal, il est
resté sur sa réserve. »
Si réserve il y a, pourquoi le site du PQ y consacre une pleine
page où on y lit que : « Pour le chef du Parti
Québécois, (l’appui de Madame Royal) démontre que
« les interlocuteurs français ont très bien saisi
le message ». (Boisclair) a l'intime conviction que « la
France restera aux côtés du Québec quels que soient
nos choix collectifs ». »
Quels que soient nos choix collectifs. Merci, j’avais vraiment peur
qu’advenant un autre NON au référendum, nos artistes,
romanciers et citoyens se fassent refouler à Charles-DeGaulles
à cause du manque de vision de leurs compatriotes.
Le cirque continue : « le chef du Parti
Québécois a aussi pu s'entretenir sur la situation
politique québécoise, sur l'importance de poursuivre la
relation directe et privilégiée entre la France et le
Québec et sur le projet souverainiste ».
Boisclair leur a-t-il demandé d’envoyer des casques bleus le
lendemain d’un référendum gagnant? Est-ce de relations
militaires privilégiées dont il s’agit? Boisclair a-t-il
demandé des missiles Exocet? Pas certain… Selon moi, Boisclair
devrait plutôt visiter George W. Bush pour obtenir l’intime
conviction qu’ils ne nous envahiront pas si le contrôle de la
voie maritime du St-Laurent, ou passe le tier du traffic maritime
américain, changeait de main.
Vous semblez avoir une bonne opinion sur la valeur de cette
mini-tempête: « Ça valait la peine. Et si certains
en sont gênés (au Québec), c’est peut-être
qu’ils sont trop « colons » pour assumer d’être au
cœur d’une polémique sur la scène internationale. »
Fin de la citation.
Colons? Je penche plutôt pour souverain d’esprit, monsieur
Vastel. Ce n’est pas de parades dont le Québec a besoin, ni de
polémiques à la Loft Story ou Occupation Double. Et les
paroles d’une aspirante présidente, comme tout politicien en
campagne, ne valent rien. Le Québec est une nation qui se
questionne sur son statut politique, pas sur la perception du monde
extérieur. Et le Québec a de meilleurs ambassadeurs que
Boisclair à l’étranger! Ils écrivent, ils
chantent, ils dansent, ils font un vrai cirque, ils font tout un
cinéma.
Monsieur Vastel, si vous nous traitez de colons pour fouetter l’apathie
des troupes souverainistes à la maison, c’est autrement
insultant pour le reste des Québécois qui, comme moi, ne
sont pas souverainiste par défaut, et qui souhaitent un vrai
débat sur la question, pas des pirouettes émotives en
citant René Lévesque. Quand je ne peux pas me faire
servir en français dans un magasin ou quand on me traite de
Québécois raciste sans se rendre compte que par le simple
fait de résider dans la même province que moi depuis six
mois, on est aussi Québécois que moi, je flotte entre
l’envie d’envoyer chier, et celle de tourner les talons en oubliant
rapidement l’insignifiant. Mais il y a une chose qui ne m’effleure
jamais l’esprit : je n’ai jamais honte d’être ce que je suis. Je
ne me trompe probablement pas en disant que ça fait longtemps
que l’on a arrêté d’avoir honte d’être
Québécois. Et je n’ai pas besoin de guignols,
Québécois ou Française, pour me le rappeler.
Monsieur Vastel, à votre insulte faisant référence
à notre passé de colonisateur, ou de colonisé, je
me permet de sortir des boules à mites une vieille insulte
québécoise, politiquement abjecte pour les trisomiques
21, mais que j’apprécie pour sa couleur langagière :
mongol à batterie!
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© Denis McCready 2007