Mystère
TEXTE LU AU CABARET LITTÉRAIRE DES AUTEURS DU DIMANCHE
18 FÉVRIER 2007 AU DIABLE VERT

La contrainte était d'écrire un texte éditorial.



Cette semaine, J’ai essayé de comprendre le mystère derrière certains choses.

1. Les bananes que je mange ne coûtent pas cher.
2. Bush s’acharne contre l’Iran.
3. Une fenêtre est vendu 3M$ sur Ebay.
4. Les Chinois sont partout, mêmes sous le capôt d’un camion

Ces événements sont aussi reliés au coup de fil que j’ai reçu avant-hier.

Dans CONFESSIONS OF AN ECONOMIC HITMAN, John Perkins raconte son travail
de « consultant » pour une firme américaine auprès de pays en voie de développement.
Dans les années ’70, il devait volontairement sur-évaluer le développement économique
potentiel d’un pays afin de convaincre les gouvernements d’emprunter des millions de
dollars aux USA pour payer de grands travaux d’infrastructure, travaux réalisés par des
contracteurs américains. Mais l’économie n’explosait jamais comme prévu, et ces pays
se retrouvaient incapables de payer leur dette. On leur offrait alors de vendre à rabais
leurs ressources naturelles et la main-d’œuvre de leurs citoyens. Si le chef d’état
acceptait le marché, il devenait riche, s’il refusait, on l’assassinait, s’il survivait, on
l’envahissait : Équateur, Panama, Guatemala, Grenade, Chili, Indonésie, Colombie,
Iraq, et j’en passe. Les compagnies américaines empochaient les profits de la
construction et des ressources naturelles, et les banques, les intérêts sur les dettes. Les
bananes me sont donc disponibles à rabais parce que des pays ont été réduits à cet
esclavage économique.

De la même manière, les USA ont financé l’Iran du Shah, mais la Révolution Islamique
a empêché les USA de récupérer leurs investissements. Ce qui pourrait expliquer que
Bush continue de s’acharner bêtement sur l’Iran. Son entêtement est obtus, ses
excuses sont minables, et le parallèle avec l’Iraq est tellement flagrant, que le Congrès
a jugé nécessaire de lui rappeler qu’il n’avait pas de chèque en blanc pour attaquer
l’Iran.

La fenêtre d’où Lee Harvey Oswald aurait supposément tiré trois balles, dont une
magique, sur John F. Kennedy, a été vendu à un Hollandais 3M$ sur Ebay. Une
commission proportionnelle sera versée à la banque qui réalisera la transaction. Il est
ironique de constater qu’une des théories derrières l’assassinat de JFK prétend qu’il
dérangeait l’establishment, parce qu’il souhaitait redonner au gouvernement américain
le contrôle de sa devise, en suspendant les privilièges de la Réserve Fédérale, une
banque privée. La Réserve Fédérale imprime les dollars américains, et les prête au
gourvernement, creusant quotidiennement la dette du pays, aujourd’hui évalué à 8,7
trillions de dollars US. Les banques ont-elles bénéficiés deux fois de la mort de JFK?
Qui contrôle les USA : les corporations, le président, le Congrès ou la Réserve
Fédérale?

Aucune de ces réponses : c’est la Chine. Chaque année, les USA empruntent
massivement aux Chinois, en plus d’accumuler un déficit commercial monstre avec eux.
Récemment à Davos, la députée-gouverneur de la Banque Populaire de Chine a
annoncé détenir un trillion de dollars américains en réserve. L’équivalent du neuvième
de la dette américaine est engrangé dans une banque chinoise… Pas surprenant que
les Chinois soient partout : vêtements, électronique, meubles, et bientôt des voitures!

Hors cette semaine, à un poste frontière USA-Mexique, un conducteur mexicain
nerveux a subi une fouille complète de son camion. Les douaniers ont découvert deux
réfugiés chinois sous le capôt, couchés de part et d’autre du moteur.

Voilà votre monde aujourd’hui: deux douaniers américains sous-payés, armés et un peu
fascistes, un passeur mexicain nerveux, deux réfugiés chinois couchés autour d’un
moteur de pickup, cheval de Troie moderne brûlant du pétrole du Moyen-Orient.

Hors, ces événements ont en commun la présence du banquier. Le banquier intervient
partout, discret, mais implacable; rien ne lui échappe.

Cette semaine, l’émission de Julie Snyder, LE BANQUIER, a écarté TOUT LE MONDE
EN PARLE pour dominer outrageusement la télé avec 2 millions de spectateurs au
Québec. Cette semaine, je reçois un mystérieux appel. C’est mon banquier.

Ai-je un chèque à découvert? Non, mon banquier souhaite fixer un rendez-vous pour
l’achat de RÉER. C’est que cette année, je sors enfin du rouge pour entrer dans le noir.
Je possède modestement plus que je ne dois. Et soudainement mon banquier m’aime.
Alors il suggère une date, j’accepte son offre et je raccroche. Et je fais la constatation
que j’ai maintenant quelque chose de tangible à perdre, et ça me glace le sang de
penser que ce quelque chose est sous la garde d’un banquier.

-----------------------
© Denis McCready 2007