Vagin
TEXTE LU AU CABARET LITTÉRAIRE DES AUTEURS DU DIMANCHE
29 OCTOBRE 2005 AU BAR L'INTRU
BA BE BI BO BU…
VA VE VI VO VU…
VAAAAAA…GIN!
Il y a toujours eu quelque chose dans la sonorité de VAGIN qui
rend mal à l’aise. Deux syllabes qui tombent un peu court. Un
mot habituellement prononcé doucement, pas trop de poumons.
(doucement) VAGIN, déclinable en VAGINALE. VAGIN mène
aussi à VAGIR, pousser des vagissements, des cris de
nouveau-né fraîchement sorti du VAGIN.
À part VAGINITE, pas agréable à avoir, et
VAGINISME, pas l’fun non plus, il n’y a pas d’autres mots qui commence
en V_A_G_I .Par contre, quelques mots bi-syllabes se termine en JIN.
FRANGIN – ENGIN, Tous de genre masculin, pourtant un seul est vraiment
féminin… Des mots plus facile. On ne se gêne pas, on les
dit comme ça, sans penser. Je pense donc qu’il faut
dépogner le mot VAGIN. Appliquons la technique du cri primal.
(cri primal) VAGIN
Ouf, ça fait du bien. Quel autre mot finit en JIN? J’ai
cherché. Il n’y en a pas.
Le FRANGIN, s’il est un hétérosexuel qui se respecte,
aime le VAGIN.
L’ENGIN, tout dépendant de son propriétaire, aime le
VAGIN aussi. Le VAGIN aime aussi l’ENGIN, mais ce ne sont pas tous les
VAGINS qui désire un ENGIN, et parfois c’est la faute du FRANGIN.
Pour les sonorités en JIN, ça s’arrête là.
Il y a l’orthographe, mais le seul qui s’ajoute au lot c’est l’alcool
de Genévrier. Le GIN.
Sauf que le breuvage GIN, mais même les Français ne disent
pas JIN. Ça sonnerait tellement mal : « Bonjour, je
voudrais un Jin-Tonic »…
Par contre ils diraient : JINE, sans le D.
Comme ANGINE, AUBERGINE, FRANGINE, des mots pas vraiment lié
à VAGIN, sauf la FRANGINE peu usitée au Québec,
mais toutefois munie d’un VAGIN.
Certains me forcerait la main en suggérant « Blue Jean
», qui est, précisons-le, l’outil le plus efficace pour
protéger le VAGIN, surtout s’ils sont très serrés,
que le zipper est en acier et que la ceinture est attachée sur
le côté. Une sorte de culotte de chasteté en denim
: pratique, lavable et surtout adaptable à toutes les modes.
Continuons en JINE…
Il y a ORIGINE.
J’ai pas besoin de vous faire un dessin, nous sommes tous originaire du
VAGIN, sauf pour les enfants nés par césarienne qui
auraient été conçus artificiellement ex-utero et
réinjecté en laparoscopie par le nombril. Est-ce qu’il y
en a dans la salle?
Bon, donc nous sommes tous et toutes originaire du VAGIN. Remercions le
VAGIN de nous avoir permis de voir le jour. Remercions-le. Ensemble SVP.
MERCI VAGIN! Plus fort. (la foule en choeur) MERCI VAGIN!
En INE toujours… SAUVAGINE, pas nécessairement de la rectitude
politique, mais SAUVAGINE, tout de même, comme petite sœur sonore
de VAGIN, c’est pas mal. Hormis les bêtes
références colonialistes aux femmes autochtones,
ça suggère une femme fougueuse, rebelle et indomptable.
Juste ces trois mots là, et j’aurais envie de la rencontrer,
même si c’est juste… pour une nuit. Juste pour son… Est facile…
J’le sais.
Continuons. Le mot qui vraiment m’a sonné au tapis, comme miroir
féminin en INE du mot masculin VAGIN, c’est MYSOGYNE… MYSOGYNE…
Putain de bordel de merde, fallait être pas mal tordu pour donner
à la langue française de pareils cousins sonores. VAGIN
et MYSOGYNE. Remarquez que d’un autre côté,
l’Académie française a accepté Marguerite
Yourcenar en 1980… la première femme en 345 ans d’histoire! Il
était temps, bande de crétins! De vrais misogynes finis,
quoi…
J’oubliais ANDROGYNE. Ça ouvre vers de nouveaux horizons.
Ça mêle les cartes, troublent les sens et l’esprit,
élargie la palette vestimentaire, ça raccourcit les
cheveux, et ça a donné le ton partout dans les
années 80. Rappelons qu’UN androgyne prétend avoir un
vagin, mais UNE androgyne en est munie, même si au premier coup
d’œil, on croirait plutôt qu’elle a un engin.
Il y a aussi le verbe : IMAGINE. Rappelons-nous la
célèbre chanson de Lennon qui souhaitait nier Dieu. Ce
serait tellement plus facile sans Dieu. Mais au début Dieu
était le verbe, et son premier verbe a probablement
été IMAGINER. Nous sommes supposer croire à cette
histoire de petit bout d’homme avec un ENGIN à qui Dieu aurait
enlevé une côte, façonné deux seins et un
VAGIN pour en faire une femme?
L’engin avant le vagin? La réalité est tout autre.
Nous sommes toutes et tous issus d’un VAGIN, oui, mais nous en avons
toutes et tous eu un aussi. Hommes et femmes sont munis d’un vagin dans
l’utérus jusqu’au moment fatidique où les hormones
masculines commencent à être
générées, programme génétique
lié au gène Y. Et alors commence la transformation d’un
fœtus générique, femelle par défaut, en fœtus
mâle.
Je répète : hommes et femmes ont un vagin pour commencer.
C’est l’équipement standard. Le kit de base. Après, si
t’a commandé un p’tit gars, tu inverse le VAGIN et t’en fait un
PÉNIS. Dehors, les ovaires aussi. Ça donne des
testicules. Quand j’ai lu ça dans un livre d’Élisabeth
Badinter, XY, j’ai eu une révélation et aussi un fou
rire.
Le fou rire c’est que Freud était complètement dans le
champ. Les femmes ne rêvent pas de d’avoir un pénis, le
mythique pénis perdu, elles n’en ont jamais eu. Les hommes, eux,
souhaitent le retour au VAGIN. Hormis pour le sexe, ça se
manifeste parfois de manière très surprenante. En sports
de plein air, par exemple, quand tu expérimentes un sleeping bag
quatre saisons en hiver, tu comprends toute la portée du mot
UTÉRUS. Pis tu veux pu sortir!
La révélation, c’est que le XX, le chromosome femelle,
est un doublon. Alors que le chromosome mâle, le XY,
possède autant le gène femelle que le gène
mâle. Nous, les hommes, avons donc un petit
côté féminin… Oui, oui… Mais vous, les femmes,
n’avez pas de petit côté masculin. À moins d’avoir
un Y et d’être né avec un vagin. C’est pas impossible,
mais c’est RARE.
Donc, quand un homme révèle son côté
féminin, sa sensibilité, sa tendresse, sa capacité
de parler de ses émotions, les femmes ont le droit de parler de
sa nature féminine qui s’exprime… Mais quand une femme, dans la
vie professionnelle, fait montre d’entêtement, de froideur, ou
qu’au lit elle consomme le sexe comme une denrée
périssable et remplaçable, on dirait qu’elle a un
côté masculin… Erreur… Pas de masculin possible sans le Y…
Ces comportements viennent probablement du X, partagé avec les
hommes…
Les dernières trouvailles de la génétique nous
apprennent que le gène X est immensément plus complexe et
long que le Y. Le Y a perdu la moitié de son information depuis
la nuit des temps et cette descente aux enfers n’est pas
terminée. Messieurs, nous ne sommes pas au bout de nos peines.
On parle ni plus ni moins de l’extinction du genre masculin d’ici
quelques milliers d’années. Pas de quoi s’inquiéter,
puisque l’effondrement de notre écosystème saura niveler
tout ça, mais c’est tout de même un peu triste.
L’expression primitive du Y, sa confusion dans son code,
l’appauvrissement de sa structure sont autant de
révélateurs de la vraie nature de l’homme. De son
côté, le X, composé d’une multitude de
protéines, est complexe à souhait. Sa nature ouvrant
à une quantité phénoménale de variations
possibles, d’évolutions différentes, parfois tout en
même temps sur une même femme. Ce qui explique notre
difficulté, à nous les hommes primitifs,
d’appréhender la nature changeante de la femme moderne.
VAGIN, pour tout ce que ce mot évoque et contient, ça
devrait être plus présent dans les arts. Fini
l’exclusivité artistique aux « Monologues du Vagin
». Je réclame le droit d’utiliser le mot VAGIN plus
souvent.
Je pense que c’est légitime en tant qu’ancien
propriétaire d’un vagin non-complété, en tant
qu’usager à la conception et à la naissance, à
titre de fervent admirateur et, modestement, de fin connaisseur. Non,
non, riez pas, c’est sérieux. J’ai eu des compliments
là-dessus. J’ai même montré à quelques
clitoridiennes deux ou trois trucs qu’elles ne soupçonnaient
pas. J’pense même écrire un livre…
Je propose donc qu’on révise la chanson française au
complet pour y intégrer le mot VAGIN et qu’on produise un album
double. On aurait droit à tous les styles! Je vous la fait avec
la voix annonceur de radio FM.
Le VAGIN, l’album double, est maintenant disponible, tous les styles
confondus!
Western lesbienne : « Quand le vagin dit bonjour aux montagnes !
» Amnésie masculine avec Harmonium : « Pour
un vagin j’ai
oublié mon nom. Ça m’a permis enfin d’écrire cette
chanson. »
Nostalgique des belles années de promiscuité sexuelle
avec Beau dommage : « Cré-moi, cré-moi pas, quelque
part en
Alaska, y a un vagin qui s’ennuie en maudit. »
Marchand de sexe avec Brel… « J’vous ai apporté des
vagins, parce
que les bites c’est périssables, et que les vagins c’est
tellement fin, bien que les bites soiyent plus abordables, surtout
quand elles sont sans boutons. »
Le ton rassembleur de Daniel Boucher : « Ma gang de Vagins,
vous-êtes donc ouuuuuu-ooouuuù. »
Le caractère indomptable de Marjo alliée à une
urbanité animiste : « Illégal, Tu m'fais faire des
bêtises, Dans l’vagin d'Montréal…»
Ça donne une toute autre dimension à Félix Leclerc
:
« C'était un petit vagin, Que j'avais ramassé, Il
était tout en pleurs, Sur le bord d'un fossé
Quand il m'a vu passer, Il s'est mis à crier:, "Monsieur,
ramassez-moi, Chez vous amenez-moi!" »
Tragico-menstruel avec Plamondon-Berger : « J'ai l’vagin qui
éclate, J'voudrais seulement dormir, M'étendre sur
l'asphalte, Et me laisser mourir... »
Sympatico-épanouïe avec Gerard Lenormand : « Je vais
te
chanter la ballade, la ballade des vagins heureux. (bis). »
On pourrait ajouter en clôture, pour la fibre nationaliste, le
fameux discours de De Gaule : « VIVE LA FRANCE, VIVE LE
QUÉBEC,
VIVE LE VAGIN LIBRE! »
Allez, répandez la nouvelle, cessez de le cacher et acceptez ce
mot dans toute sa beauté.
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© Denis McCready 2005